V. Gelézeau & B. Joinau

Corée du Nord : faire de la Recherche en terrain interdit

Aujourd'hui, en exclusivité pour Kôdô, le duo de chercheur.ses composé de Valérie Gelézeau et Benjamin Joinau nous présente en vidéo leur dernier ouvrage : Faire du terrain en Corée du Nord (Atelier des Cahiers, Collection Essais, 2021).

Faire du terrain en Corée du Nord, Atelier des cahiers, 2021

Cuisine d’un appartement modèle, quartier Changjon, Pyongyang. Dessin de Sun Mu d’après une photo de chercheur, 2013

Extrait :

Qui, en France ou dans le monde occidental, n’a pas aujourd’hui une idée voire un jugement sur la République populaire et démocratique de Corée (RPDC) ? Mieux connue comme « la Corée du Nord », ce pays apparaît régulièrement dans la presse au rythme de l’éternel retour de la crise nucléaire, de la dynamique cyclique des relations inter‑coréennes ou des coups de théâtre de la relation de ses leaders avec le reste du monde. Un échange de tweets entre Donald Trump et Kim Jong Un peut faire la une des médias après un sommet raté ou réussi, tandis que la péninsule reste un nœud de la géopolitique mondiale, enté dans de vieux conflits de l’Asie du Nord‑Est.
Une ruelle près de l'arc de triomphe de Pyongyang, dessin de Sun Mu d'après une photographie de B. Joinau© Atelier des Cahiers, 2020
En sciences sociales, la plupart des ouvrages sur la Corée du Nord portent sur ces questions géopolitiques ou sur le régime nord‑coréen et la société totalitaire. Mais au‑delà de tous ces dis‑cours savants et médiatiques très répétitifs sur un« Pays du grand mensonge » largement diabolisé par l’Occident, que sait‑on de la Corée du Nord ?
Intérieur d'un so-kuyôk, arrondissement Chunggu (central), quartier de Pyongyang, dessin de Sun Mu d'après une photographie de B. Joinau© Atelier des Cahiers, 2020

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Valérie Gelézeau

Valérie Gelézeau, géographe spécialiste de la Corée, est directrice d’études à l’École des hautes études en sciences sociales (EHESS), et membre du laboratoire Chine, Corée, Japon (CNRS-EHESS-Université de Paris) qu’elle dirige depuis janvier 2019.

Sur le terrain, à partir de l’expérience des habitants, elle questionne la société coréenne dans son rapport à l’espace : à Séoul, dans les villes nouvelles, à la frontière entre les deux Corées, et à Pyongyang. Elle est porteuse du projet ANR CITY-NKOR (Ville, architecture et urbanisme en Corée du Nord : à découvrir ici 2018-2022) et a récemment publié Sŏrabŏl. Des capitales de la Corée (Collège de France, collection Kalp’i- études coréennes, 2018), ouvrage collectif qui propose un récit multi-situé des nombreuses capitales de la Corée, ne se limitant pas à Séoul et Pyongyang.

Sŏrabŏl. Des capitales de la Corée

De-bordering Korea

Parmi les autres livres qu’elle a écrits sur Séoul, son ouvrage traduit en coréen Ap’at’ŭ konghwaguk (la République des appartements, Humanitas, 2007) a été distingué comme« référence recommandée en sciences sociales » par le ministère de la Culture de Corée du Sud en 2007. Analysant le développement des grands ensembles en Corée du Sud, Valérie y montre comment les ap’at’ŭ (apateu, appartements) ont été une médiation essentielle, sur tous les plans, de la fabrique de la société urbaine sud-coréenne après les années 1950. Sur la question de la frontière entre les deux Corées, elle a publié (avec Alain Delissen et Koen De Ceuster) Debordering Korea (Routledge,2013) et de très nombreux articles.

Depuis 2016, elle travaille dans une perspective comparée sur les cultures urbaines des deux Corées. Elle a reçu la médaille de bronze du CNRS (2005), a été lauréate du Prix culturel France-Corée en 2008 et est membre honoraire de l’Institut Universitaire de France dont elle a été membre junior entre 2007 et 2012.

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Arrivé en Corée du Sud comme coopérant du Service national en 1994, Benjamin Joinau s’est installé dans ce pays et a développé ses activités de passeur de cultures entre France et Corée dans différents secteurs : recherche et enseignement, édition, arts plastiques et événements culturels, médias, entreprenariat, et vie associative et citoyenne. Ses activités se partagent principalement entre Recherche et enseignement et l’édition.

Diplômé de la Sorbonne en Lettres classiques et Philosophie, il change de discipline pour se consacrer aux études coréennes par le prisme de l’anthropologie culturelle. Docteur de l’EHESS, il est actif comme chercheur associé au sein de son laboratoire (CRC, UMR 8173).

Il participe à et co-organise de nombreux projets de recherche sur les deux Corée dans des domaines aussi variés que l’imaginaire et les représentations (hétérologie dans les cinémas sud- et nord-coréens), l’alimentation, l’espace public et les pratiques de l’espace urbain (projet ANRCity-NKor sur les villes nord-coréennes).

Il est l’auteur de nombreux articles et ouvrages académiques mais aussi de valorisation de la recherche, dont certains sont devenus des références : Séoul, l’invention d’une cité (Autrement, 2006), Croquis de Corée (Seoul Selection, version anglaise, 2015 ; Atelier des Cahiers, version française, 2016), numéro spécial Corée de la revue Critique (2018), etc.

Benjamin a toujours eu à cœur de transmettre son travail de chercheur au grand public par de très nombreuses conférences en français, anglais et coréen. Au sein de l’université Hongik où il enseigne les sciences humaines et sociales françaises en coréen, il cherche à ouvrir des programmes d’échange avec les universités françaises (jumelages avec l’université de Paris, Bordeaux-Montaigne et en cours avec l’EHESS).

Entré au comité éditorial de la revue franco-coréenne Les Cahiers de Corée en 1998, il reprend le flambeau de ce projet en 2002 et le transforme en une maison d’édition française de statut associatif et à but non-lucratif, l’Atelier des Cahiers, spécialisée dans les ouvrages sur la Corée et l’Asie de l’Est qui a vu son travail récompensé par le Prix de l’Asie 2016. Les publications de l’Atelier ont été labellisées dans le programme officiel de l’Année France-Corée 2015-16 et l’anniversaire de ses dix ans à la Résidence de l’ambassade de France à Séoul faisait partie des événements officiels de la semaine de clôture.

Rien n’aura eu lieu que le lieu : du voyage à Pyongyang, il reste les vues de Pyong‑yang, nos images mentales (souvenirs) et photographies, quelques documents épars, des notes… Tout cela témoigne de notre passage à un moment donné, de notre présence dans le lieu de Pyongyang à un instant T. Et encore, de ce lieu, qu’avons‑nous vu ? Que savons‑nous ? Que pouvons‑nous savoir ? De ce savoir, il n’y a aucune totalité émergente, aucune tentative de compréhension totalisante. Il ne peut y en avoir que des fragments – une constellation de fragments.


En octobre 2019, il devient citoyen d’honneur de la Ville de Séoul et chevalier des Arts et des Lettres.

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